Salles de Consommation : la Bonne Gestion en majuscules, le courage politique en minuscule

Édito avril 2015 – Parlons bonne gestion : ces dernières années, la « Bonne Gestion » ou la « Goed Bestuur » est devenue le Grâle des différents gouvernements fédéraux. Nul ne peut critiquer le principe ; l’application, par contre, peut poser questions. Parlons de ce que nous connaissons : parlons drogues et santé publique. Dans notre secteur, la Bonne Gestion appelle notamment à la mise en place de stratégies « evidence-based », pertinentes et efficientes, pour la santé de groupes spécifiques et de la société toute entière.

Aujourd’hui, les Salles de Consommation à Moindres Risques (SCMR) constituent l’exemple.

Cela fait des années que le secteur toxicomanie revendique la mise en place de lieux de consommation à moindres risques pour usagers de drogues, à Bruxelles et ailleurs. L’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies en souligne la pertinence. Le Forum Européen de Sécurité Urbaine aussi. Le Plan RdR bruxellois, itou. Le dispositif était même repris dans le Plan VIH national, élaboré l’année dernière mais à l’application encore incertaine.

Pourtant, récemment, la majorité fédérale a pensé, rapidement et promptement, que ces lieux de consommation à moindres risques ne sont ni souhaitables, ni pertinents.

Ces Salles de Consommation à Moindres Risques sont mises en place depuis des années, aux Pays-Bas, au Canada, en Allemagne, en Suisse, au Danemark, en Espagne, en Australie, en Norvège, au Luxembourg, en Grèce. La France vient de voter en faveur de leur développement. La Grande-Bretagne suit la même voie.

Pourtant, récemment, la majorité fédérale a pensé, rapidement et promptement, que ces lieux de consommation à moindres risques ne sont ni souhaitables, ni pertinents.

Les acteurs du secteur toxicomanie se confrontent quotidiennement à des usagers de drogues, largement désinsérés ou en cours de décrochage social. Pour eux, les professionnels en sont convaincus : il s’agit de rabaisser les seuils d’accès, certaines modalités de soins devenant clairement hors d’atteinte. Les stratégies de réduction des risques et de bas seuil deviennent alors primordiales. Il n’est pas question de faire venir la personne en un lieu qui lui est inaccessible, mais de modifier ce lieu pour le lui rendre pleinement atteignable. Les lieux de consommation à moindres risques répondent de cette logique, car prendre la personne là où elle est, c’est permettre le lien social, soutenir la réduction des infections liées aux injections, répondre aux processus de désinsertion.

Pourtant, récemment, la majorité fédérale a pensé, rapidement et promptement, …

Les professionnels, eux, ont signé, et en masse : fédérations, du secteur spécialisé et de secteurs connexes ; associations, diverses et variées ; citoyens. Tous ont signé l‘appel à l’ouverture de salles de consommation à moindres risques. Et ils ont organisé et organisent encore diverses journées d’études, la prochaine n’étant pas plus tard qu’en fin de ce mois.

Car ces professionnels savent aussi que le virus de l’Hépatite C touche près de 80% de cohortes d’injecteurs de drogues, virus dont le prix du traitement n’est encore qu’extrêmement prohibitif. Car ces professionnels savent que l’infection d’un groupe concerne la société toute entière. Car ces professionnels savent que les lieux de consommation à moindres risques sont des lieux de santé et de sécurité, pour les usagers de drogues et pour chacun.

Car ces professionnels savent que les Salles de Consommation à Moindres Risques constituent des dispositifs de Bonne Gestion des problématiques drogues.

Pourtant, récemment, la majorité fédérale a pensé le contraire…

Sébastien Alexandre
FEDITO BXL asbl

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