Une carte blanche de Romain Bach, co-secrétaire général du GREA (Groupement Romand d’Etudes des Addictions).
« Les jeunes sont accros aux réseaux sociaux à cause de la dopamine. » Cette phrase, devenue un lieu commun des débats publics, mérite qu’on s’y arrête — elle est au mieux dangereusement incomplète. Et pour cause : nous l’avons déjà entendue. Il y a trente ans, certains gros titres affirmait que l’addiction aux drogues n’était rien d’autre qu’une maladie cérébrale, réductible à une perturbation du circuit de la récompense. Aujourd’hui, le même raccourci neurobiologique migre vers les écrans — comme si la leçon n’avait pas été tirée.
Le champ des addictions a emprunté ce raccourci à de trop nombreuses reprises. Depuis les travaux fondateurs d’Olds et Milner (1954) sur les circuits de la récompense jusqu’aux recherches de Volkow et al. (1993) sur les récepteurs dopaminergiques, la neurobiologie a progressivement imposé sa grille de lecture. Alan Leshner, directeur du National Institute on Drug Abuse (NIDA) — qui finance la grande majorité des recherches dans le domaine des addictions —, l’a cristallisée en 1997 dans une formule restée célèbre : « Addiction is a brain disease. » Ce modèle a eu des effets réels — réduction d’une forme de stigmatisation, légitimation de traitements ou mobilisation de financements. Mais il a aussi renforcé un angle mort : en centrant l’explication sur le cerveau individuel et la pathologie, il a rendu invisibles les déterminants sociaux, économiques et commerciaux des conduites addictives et des consommations, et affaibli le débat sur la régulation des industries qu’elles soient légales et illégales. (…)
Lire la suite : Addiction aux drogues, accros aux écrans : même erreur réductionniste ? (GREA, 14/03/2026)
