En 2018, le Canada a légalisé le cannabis tout en laissant aux provinces le soin d’en définir les modalités. Le Québec a fait le choix d’un modèle particulièrement encadré, fondé sur un monopole d’État et des objectifs de santé publique. Bien qu’encore perfectible, ce choix a aidé à normaliser les discours de prévention tout en contribuant à une baisse globale de la consommation. Sandhia Vadlamudy, directrice de l’Association des intervenants en dépendance du Québec (AIDQ) revient sur les effets de la légalisation, ses limites et les enseignements à tirer pour l’avenir, dans une interview avec la Fédération Addictions (France).
Fédération Addiction : Au Canada, le gouvernement fédéral a légalisé le cannabis en 2018 tout en laissant à chaque province le soin d’en déterminer les modalités. Quel modèle a choisi le gouvernement québécois ?
Sandhia Vadlamudy : Au Québec, le cannabis est commercialisé exclusivement via une société d’État, la SQDC (Société québécoise du cannabis). C’est assez particulier parce que dans d’autres provinces on a choisi soit de laisser complètement la place au marché privé, soit d’avoir une espèce d’hybride, avec une société d’État intégrée à celle qui vend l’alcool et aussi quelques boutiques privées.
Au Québec, la société d’État a adopté une approche basée sur la discrétion : pas de marketing, pas de produits jugés attrayants pour les jeunes, pas de confiseries, pas de chocolat, pas de saveurs attirantes. Donc on a une approche très santé publique, avec plus de limitations.
Fédération Addiction : En tant qu’intervenants en dépendance, quel jugement portez-vous sur la légalisation au Québec et ce modèle de monopole d’État ?
Sandhia : On pense que c’est un modèle intéressant parce qu’il a un ancrage en termes de santé publique et de prévention.
On constate qu’il y a une diminution globale de la consommation depuis la légalisation et aussi une diminution chez les jeunes, même chez les jeunes adolescents. C’est évidemment multifactoriel, mais c’est aussi en partie en raison de la prévention. Quand le cannabis est devenu légalisé, le discours a pu évoluer dans l’ensemble de la société : on est passé de quelque chose d’interdit, soumis globalement à la répression, à une substance dont on peut parler, moins frappée d’une stigmatisation.
Lire l’interview en intégralité : Cannabis au Québec : un modèle de régulation riche en enseignements (Fédération Addictions, 9/02/2026)

